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Voeux au Kremlin-Bicêtre 2016

Lundi 11 Janvier 2016




Le discours des vœux que j'ai prononcé lors de la cérémonie des vœux à la population.


Chers Kremlinois,

C’est avec une émotion particulière que je prends la parole ce soir devant vous.

Nous nous connaissons un peu, bien pour certains, et vous savez que je ne suis pas un homme de réserve et de retenue, j’ai un tempérament beaucoup plus secondaire que primaire.

En 2013, j’ai bataillé contre la loi interdisant le cumul des mandats pour les parlementaires. Ce n’est pas une position confortable à défendre parce qu’une grande partie de l’opinion soutenait le projet de loi. Et vos contradicteurs ont vite fait de réduire votre position à une défense personnelle.

Je menais une bataille de conviction qui demeure intacte : le mode de scrutin, l’équilibre institutionnel a besoin de députés-maires. Pourtant dans quelques jours, je continuerai d’être croyant mais je cesserai d’être pratiquant. Je ne serai plus député et maire.

Rien ne m’y obligeait, je n’ai pas changé d’avis, je n’anticipe pas l’application de la loi en 2017. Ce serait bien hasardeux. Pour ceux qui critiquent cette décision, le confort eut été d’attendre l’année prochaine et de voir.

Aujourd’hui, je prends cette décision librement, après mure réflexion, sans crise, sans pression parce que je pense que c’est le bon moment.


Je suis maire depuis 20 ans et je sais depuis le début qu’organiser la transmission fait partie du travail de maire.

J’ai observé mes collègues et j’en profite pour saluer la mémoire de l’ancien maire d’Orly, Gaston Viens, disparu à la toute fin de l’année dernière et avec lequel j’avais noué des rapports d’amitié et de profond respect bien avant d’être maire, et j’appréciais la qualité de nos échanges et ses conseils. J’en ai vu comme Gaston réussir la transmission, j’en ai vu d’autres échouer, se planter. Le faire mal, le faire trop tard…

J’ai compris en les observant qu’il faudrait guetter le moment, le choisir en fonction des projets, des circonstances politiques mais aussi du facteur humain. Ce moment, c’est maintenant.

J’ai été élu le 18 juin 1995 porté par une ambition pour la ville, des espoirs, des attentes, des envies. Nous avons réussi l’alternance en portant un projet de changement au printemps 1995. Avec ceux qui m’accompagnaient, nous étions des outsiders face à la maire de droite sortante, la gauche était désunie. Nous aurions pu louper le coche, nous aurions pu nous perdre dans la division mais nous avons réussi. L’élection n’était pas gagnée d’avance. L’émotion que je ressens ce soir me rappelle l’émotion plus forte encore de cette soirée du 18 juin 1995. La liesse, la joie, l’espoir.

La volonté de réconcilier la mairie et la ville. J’étais encore un jeune homme et on avait mis un objectif sur cette idée : Réunir Bicêtre. J’ai la faiblesse de penser, et même plus, j’ai la conviction, mais chacun est libre d’en juger, que nous avons réussi : Bicêtre est réuni.

L’ambition de Réunir Bicêtre nécessitait de transformer une mairie-forteresse en une maison du peuple, ouverte sur la ville, d’empêcher les élus de devenir des notables déconnectés.

On n’allait pas modifier la géographie physique et la topographie de la ville mais nous avons toujours comme ligne de conduite de traiter également le bas, faubourg parisien autour de la mairie et le haut, autour des Glacis du Fort, des Barnufles, du Fort et des Martinets. Avec la nouvelle équipe municipale, nous avons eu une approche globale, qui dynamise les deux parties du Kremlin-Bicêtre, qui les rapprochent et qui permet de bâtir une ville pour tous.

La vie quotidienne au Kremlin-Bicêtre en 1995 n’était pas celle d’aujourd’hui !

La ville a profondément changé. Jugez vous-mêmes en quelques exemples de la vie quotidienne.

Quand on venait en mairie, il fallait parler dans un hygiaphone… Nous avons supprimé les hygiaphones en mairie !

Nous avons mis la propreté urbaine sur un pied d’égalité entre les différents quartiers quand auparavant le centre-ville était le seul quartier à être nettoyé avec des balayeuses.

Je me souviens aussi de cette Kremlinoise du Haut de la Ville très émue avec des sanglots dans la voix, qui me remerciait d’avoir amené à l’hiver 1995 pour la 1ère fois les lumières de Noël et du nouvel an sur l’avenue Charles Gide et les quartiers auparavant oubliés, délaissés, relégués.

Nous avons animé cette ville et pas seulement culturellement et sportivement. Je pense aux Estivales. Je me souviens aussi de cette première fête de la ville, bricolé en juin 1995, de cette belle fête pour le Centenaire de la création de la ville qui a suivi, en 1996. Maintenant la Fête de la Ville est un moment d’échanges et de rencontres entre les citoyens, un espace d’affirmation de notre démocratie locale et de notre attachement à cette ville, à son identité, à ses valeurs.

Nous avons mené à bien de grands projets. Nous avons été ambitieux pour la ville et il a fallu s’accrocher.

Il y a une vingtaine d’années, la ville avait pris de plein fouet un retournement immobilier. La mairie voulait transformer notre ville en un petit Neuilly.

Ces opérations ont commencé à façonner le quartier de la mairie, le quartier Salengro et le quartier des Coquettes. Ces opérations d’urbanisme hasardeuses ont été extrêmement coûteuses parce que la ville a dû combler les déficits et financer les équipements publics qui n’étaient pas prévus.

Ces opérations ont mis dans le rouge les finances communales, et nos premières années ont été consacrés au redressement financier et à la mise en place d’une gestion saine des finances de la ville. Nous avons été contraints de solliciter un effort des Kremlinois en impôts en plus. Et nous avons surtout recherché des financements et des partenaires.

L’ambition était strictement immobilière et notre ville méritait mieux.

Un projet de ville ne peut se réduire à accueillir des promoteurs. C’est pourquoi nous avons lancé des projets longs et difficiles, qui ont demandé de la constance : je pense en particulier au réaménagement de la nationale 7, à celui de l’avenue Charles Gide et à la couverture de l’autoroute A6b.

Très vite, nous avons appris que l’usine Géo serait une friche et nous avons refusé de la laisser partir au plus offrant, de regarder passer les trains. Il a fallu dix ans mais c’est ce qui a rendu possible la création d’Okabé avec l’implantation de commerces et de bureaux pour développer l’emploi, et la construction de la médiathèque.

Au chapelet de squares minuscules, nous avons ajouté un grand et beau parc dans l’hôpital, le Parc Pinel qu’il faudra un jour agrandir.

Pour une simple commune, mener à bien des projets demande de garder les partenaires à bord et aussi d’affronter des oppositions. Sur Géo, sur la piscine, les débats ont été vifs, les oppositions tranchantes… mais tout est pardonné… le succès est là au rendez-vous.

Un maire n’est pas qu’un urbaniste, c’est aussi le patron de services publics essentiels, auxquels les habitants sont très attachés.

Nous avons créé des services (la jeunesse pour n’en citer qu’un). Nous mettons en place la vidéoprotection. Nous avons aussi créé des équipements. C’est une immense satisfaction par exemple d’ouvrir deux crèches municipales, de bâtir une école comme Robert Desnos, la halle des sports et le centre social Germaine Tillion.

Durant ces 20 ans, la Ville a changé. La commune s’est embellie, la vie y est plus agréable, notre ville est aujourd’hui plus attractive et plus active, plus sûre et plus solidaire avec tous les kremlinois.

En 20 ans, j’ai arpenté cette ville qui a l’avantage d’être petite, à taille humaine. Je connais chaque rue mais ces 20 années sont faites de milliers de conversations.

François Mitterrand qui nous a quittés il y a 20 ans aimait citer Aristide Briand : « La politique, ça consiste à dire des choses à des gens ».

C’est très vrai et c’est d’ailleurs ce que je suis en train de faire... Mais heureusement, la politique n’est pas un monologue, on prononce cinq ou six discours par an et le reste du temps on écoute et on dialogue ! On défend un point de vue, on convainc, oui bien sûr, mais d’abord on écoute.

Ecouter, et j’ajouterai…noter. En rencontrant les Kremlinois, en parcourant les rues de notre ville, j’ai noirci quelques dizaines de carnets d’observations, de remarques, de choses qui clochent, de situations déchirantes.

Noter pour agir, pour intervenir… pour que les choses changent, celles qui sont directement du ressort du maire, mais aussi des situations plus lointaines pour lesquelles on n’a pas toutes les cartes en main.

Un maire, c’est aussi cela. C’est ce qui en fait une fonction si particulière et si essentielle pour les citoyens.

Je suis un bon républicain et l’équilibre trouvée dans nos institutions de la 5ème République nous habitue trop à un fonctionnement monarchique. Les institutions municipales sont bien pires et un maire a vite fait de devenir un roitelet, isolé dans ces certitudes, coupé de sa ville, sûr de son pouvoir. J’ai fait en sorte d’assumer ce rôle central de maire, dans la vie communale et dans les yeux des gens, en gardant les pieds sur terre.

J’ai aimé être à vos côtés pendant ces vingt années. Je le serai encore, je ne vous abandonne pas mais d’autres doivent prendre le relai.

Je veux contribuer à faire respirer la vie publique.

J’ai été maire avec passion et sincérité. Je continuerai à servir le Kremlin-Bicêtre comme conseiller municipal et député dans cette ville où je vis depuis toujours.

Je suis fier du bilan, je crois dans nos projets – la ville vient d’adopter un projet de ville ambitieux avec son nouveau Plan Local d’Urbanisme et le futur ruban vert.

Je passe la main dans de bonnes conditions. Lors du conseil municipal extraordinaire qui sera convoqué samedi prochain, je présenterai la candidature de mon premier-adjoint Jean-Marc Nicolle.

Je vous disais à l’instant qu’on apprend le métier de maire en observant les autres maires.

Je dois dire que je n’ai vu nulle part fonctionner un tandem maire-premier adjoint comme le nôtre. Il faut dire les choses telles qu’elles sont : dans bien des communes, le premier-adjoint est souvent soit un fantôme, soit un obligé, et quelque fois un rival.

Notre tandem et notre complémentarité, ont été pour la ville une chance, doublant notre capacité de travail.

Jean-Marc Nicolle a l’expérience, vous connaissez son énergie, sa force de conviction. Pour moi, c’est évidemment l’homme de la situation. Je connais son parcours, je mesure l’immensité de la tâche. Si le conseil municipal en décide, il sera le 7ème maire du Kremlin-Bicêtre. Il a toute ma confiance parce que je sais que Jean-Marc Nicolle sera un bon maire pour notre ville.

Il aura une lourde tâche. Le 1er janvier 2016 a été créé la Métropole du Grand Paris. Les communes de l’agglomération ont une histoire à écrire. Ca ne sera pas simple.

J’ai suivi très attentivement la genèse de cette intercommunalité, comme maire et comme député.

J’ai poussé à l’intercommunalité au début des années 2000, au point d’être le premier président du Val-de-Bièvre.

Comme conseiller régional, j’ai poussé la région à prendre le virage de la métropole. Elle a manqué d’audace et nous héritons d’une construction dont le succès n’est pas vraiment pas assuré.

Le futur maire du Kremlin-Bicêtre aura à défendre notre commune dans cet ensemble. Moi-même, je siègerai au sein de l’établissement territorial qui couvre l’ouest du Val-de-Marne.

Il faut jouer le jeu du Grand Paris, notre ville aura une station de métro du Grand Paris Express. Je suis très heureux de l’avoir obtenue. Il faut aussi jouer le jeu institutionnel même si c’est plus facile de construire un métro que de fabriquer des institutions efficaces et démocratiques.

Nos villes ont besoin de coopération, de solidarité, de mise en commun. Nos villes ont besoin de projets et de dynamiques. C’est le défi du Grand Paris et je ne vais pas faire le grincheux comme mon collègue de Charenton qui a annoncé sa démission cette semaine de sa fonction de maire parce qu’il s’oppose à la Métropole et parce qu’il veut rester seul, tout seul.

J’ai beaucoup parlé de la mairie, des projets, des services, des habitants.

Le Kremlin-Bicêtre, c'est une ville. Notre ville, c’est aussi, je ne l’oublie pas, un Fort et un Hôpital Universitaire qui sont importants pour notre histoire, notre paysage et l’activité de la ville.

J’ai une pensée pour les généraux qui se sont succédé au cours de ces vingt ans, les officiers, les sous-officiers les militaires du rang et les familles de militaires qui habitent la ville.

Prendre la parole publiquement en janvier 2016, c’est se souvenir d’une année 2015 terrible où la France a été frappée chaque trimestre, avec un bilan humain terrible. Notre ville a perdu l’un des siens, Franck Pitiot, au Bataclan le 13 novembre et j’ai une pensée pour sa famille.

Je pense à nos forces armées qui sont engagées au Moyen-Orient et en Afrique pour lutter contre le djihadisme.

Le Fort de Bicêtre est un site de transmission, on connait l’importance à la guerre des transmissions. J’aime les côtoyer au quotidien ou lors des cérémonies. J’ai toujours été convaincu de l’importance du lien entre la Nation et son Armée. Je le suis plus encore maintenant.

Nous avons changé d’époque, l’Histoire nous rattrape et le service des armes sera vital dans les années à venir pour servir la paix et la liberté.

Bicêtre, c’est le nom du Fort. C'est aussi celui de notre Hôpital.

En tant que maire, je me suis investi dans sa défense et sa promotion. Je ne veux pas m’attribuer des mérites qui ne sont pas les miens, ou plus exactement seulement les miens, mais j’ai tout fait pour me rendre utile : le service de cardiologie, l’ouverture de la maternité, l’extension de la faculté de médecine.

Avec les directions successives, avec la commission de surveillance de l’hôpital que j’ai l’honneur de présider, j’ai agi auprès des Ministres, de l’Agence régionale de santé et de la direction de l’APHP. J’ai soutenu notre hôpital qui, par son histoire, constitue encore une ville dans la ville mais s’ouvre au Kremlin-Bicêtre comme en témoigne notre protocole pour développer les espaces verts ou notre partenariat pour la future gare « Le Kremlin-Bicêtre Hôpital » de la ligne 14.

Au-delà de ces projets, notre hôpital, c’est une chance et une fierté pour tous les Kremlinois.

L’armée nous défend et peut donc tuer, sans plaisir, le moins possible, par nécessité. L’armée tue pour nous protéger. L’hôpital sauve des vies, en répare… Ce sont des missions immenses de protection des citoyens.

La commune ne peut pas prétendre rivaliser avec ces deux grandes institutions. La commune est beaucoup plus modeste, elle incarne au quotidien la République, la République au coin de la rue.

La République c’est aussi le débat et la discussion politique. A l’armée, on ne discute pas les ordres et à l’hôpital on ne conteste pas le diagnostic.

La commune peut se payer le luxe du palabre démocratique. En tant que maire, j’ai toujours témoigné le plus grand respect pour ces deux institutions d’Etat que notre ville a la chance et l’honneur d’accueillir.

2015 a été une année de morts, je nous souhaite une année 2016 moins tragique, plus sûre, animée justement de ces discussions qui font une démocratie vivante. Par-delà nos différences d’opinions et de croyances, le point commun entre tous les Français, c’est l’amour de la vie. Le respect de la vie, ça va de soi, mais même plus que l’amour de la vie, de ses plaisirs. C’est cela aussi que les sinistres assassins de Daech frappent.

Alors mes vœux pour 2016 sont extrêmement simples : je nous souhaite une année pleine de vie. Pour vous, pour la France, pour notre ville.

Vive Le Kremlin-Bicêtre !

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