Depuis 2014, je me suis régulièrement penché sur la question de la diffusion télévisée du football et des conséquences de nos choix en la matière. Le secteur a été chamboulé par l'arrivée de Bein Sports et le déclin de Canal Plus. Aujourd'hui ces deux acteurs qui ont lutté à la vie à la mort décide de s'entendre...l'Autorité de la Concurrence a contesté l'accord d'exclusivité conclu entre les deux. J'ai profité de l'audition du Président de l'Autorité de la Concurrence pour l'interroger sur ce point. Le sport spectacle, le sport business ne sont pas des activités totalement dérégulées. Il y a de la régulation à tous les choix, et donc des choix collectifs. L'invisibilité d'une grande compétition comme la Ligue des Champions n'est pas une fatalité mais un choix.
Extrait du compte-rendu de la commission
M. Jean-Luc Laurent.
"Monsieur le Président, j’ai envie de vous poser une question d’actualité, une question qui concerne le football, au moment où deux matchs ont lieu en ce moment, Pologne-Ukraine et Allemagne-Irlande du Nord.
Je parle d’une décision qu’a prise l’Autorité récemment, qui a annulé l’accord de distribution entre beIN Sports et Canal+. Ces deux chaînes de télévision se moquent du monde. En matière de concurrence, elles passent de la lutte à mort jusqu’à une entente, qui ne se fait pas, me semble-t-il, dans les règles de l’art de la concurrence. Pour les droits sportifs, il y a une difficulté que l’on voit à l’œuvre et que pointe votre décision. Comment peut-on accepter ces enchères, qui conduisent à acheter hors de prix des droits sportifs avant de les revendre par lots, ou en s’entendant avec un concurrent ou des concurrents malheureux ? Ce modèle n’est pas tenable, Monsieur le Président, et je pense que c’est ce que vous pensez aussi. Il me semble que ces acteurs détruisent le marché avant de le reconstituer à leur avantage, ils en tirent profit, mais ce n’est ni convenable, ni acceptable."
Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la Concurrence: sur les droits sportifs,
"Nous n’avons rien annulé, mais nous avons refusé de lever une injonction qui aurait permis la signature d’un accord exclusif de distribution entre Canal et les chaînes beIN Sports. Nous avons estimé que les risques concurrentiels étaient trop importants. En particulier, les deux entreprises auraient détenu en duopole 80 % des droits sportifs, d’où des risques de collusion. Dans la mesure où ces injonctions doivent être revues dans leur ensemble en juin 2017, nous avons considéré que nous ne pouvions pas examiner ces sujets indépendamment des autres sujets que pose la télévision payante. Personnellement, je suis d’accord avec vous : dans cette réflexion collective que nous allons mener, il faut garder à l’esprit que derrière le sujet de la télévision payante, il y a ceux du financement du cinéma et de la création mais aussi du sport, qui aujourd’hui se rémunère grâce à la vente de droits télévisés. On voit que, d’une certaine manière, l’inflation et l’explosion des droits sportifs conduisent aussi à un épuisement des acteurs. TPS a été vendu à Canal + parce qu’il n’arrivait plus à suivre cette surenchère. Orange Sport a jeté l’éponge, beIN Sports est en perte et prévoyait donc de signer un accord de distribution exclusive avec Canal +. Ne faut-il donc pas réfléchir aussi à des modèles de financement du sport qui ne dépendent pas uniquement de contrats négociés directement, avec tous les risques que cela suppose, entre des clubs et des télévisions ? En effet, il n’est pas sûr qu’on trouve une émulation suffisante entre chaînes pour pouvoir assurer le financement du sport. Il est clair que c’est un des sujets sur lesquels nous allons faire porter notre réexamen."
M. Jean-Luc Laurent.
"Monsieur le Président, j’ai envie de vous poser une question d’actualité, une question qui concerne le football, au moment où deux matchs ont lieu en ce moment, Pologne-Ukraine et Allemagne-Irlande du Nord.
Je parle d’une décision qu’a prise l’Autorité récemment, qui a annulé l’accord de distribution entre beIN Sports et Canal+. Ces deux chaînes de télévision se moquent du monde. En matière de concurrence, elles passent de la lutte à mort jusqu’à une entente, qui ne se fait pas, me semble-t-il, dans les règles de l’art de la concurrence. Pour les droits sportifs, il y a une difficulté que l’on voit à l’œuvre et que pointe votre décision. Comment peut-on accepter ces enchères, qui conduisent à acheter hors de prix des droits sportifs avant de les revendre par lots, ou en s’entendant avec un concurrent ou des concurrents malheureux ? Ce modèle n’est pas tenable, Monsieur le Président, et je pense que c’est ce que vous pensez aussi. Il me semble que ces acteurs détruisent le marché avant de le reconstituer à leur avantage, ils en tirent profit, mais ce n’est ni convenable, ni acceptable."
Bruno Lasserre, président de l'Autorité de la Concurrence: sur les droits sportifs,
"Nous n’avons rien annulé, mais nous avons refusé de lever une injonction qui aurait permis la signature d’un accord exclusif de distribution entre Canal et les chaînes beIN Sports. Nous avons estimé que les risques concurrentiels étaient trop importants. En particulier, les deux entreprises auraient détenu en duopole 80 % des droits sportifs, d’où des risques de collusion. Dans la mesure où ces injonctions doivent être revues dans leur ensemble en juin 2017, nous avons considéré que nous ne pouvions pas examiner ces sujets indépendamment des autres sujets que pose la télévision payante. Personnellement, je suis d’accord avec vous : dans cette réflexion collective que nous allons mener, il faut garder à l’esprit que derrière le sujet de la télévision payante, il y a ceux du financement du cinéma et de la création mais aussi du sport, qui aujourd’hui se rémunère grâce à la vente de droits télévisés. On voit que, d’une certaine manière, l’inflation et l’explosion des droits sportifs conduisent aussi à un épuisement des acteurs. TPS a été vendu à Canal + parce qu’il n’arrivait plus à suivre cette surenchère. Orange Sport a jeté l’éponge, beIN Sports est en perte et prévoyait donc de signer un accord de distribution exclusive avec Canal +. Ne faut-il donc pas réfléchir aussi à des modèles de financement du sport qui ne dépendent pas uniquement de contrats négociés directement, avec tous les risques que cela suppose, entre des clubs et des télévisions ? En effet, il n’est pas sûr qu’on trouve une émulation suffisante entre chaînes pour pouvoir assurer le financement du sport. Il est clair que c’est un des sujets sur lesquels nous allons faire porter notre réexamen."

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