Langues régionales: calmos !

Jean-Luc Laurent

Mon récent article sur la proposition de loi de Paul Molac a suscité beaucoup de réactions. Le titre était provocateur et je ne peux reprocher à personne la vivacité des interpellations qui m’ont été adressées. Des personnes se sont senties insultées mais les seuls dingues que je visais sont les promoteurs de cette proposition de loi contraire à la Constitution, donc mes collègues députés qui comprendront facilement le choix de ce terme polémique.

Une proposition de loi qui trouve normal de financer un enseignement dans lequel le français deviendrait une langue étrangère en France me semble totalement dingue. Je trouve dingue que ses auteurs parlent de « bilinguisme » alors que l’enseignement se ferait exclusivement en langue régionale. Je trouve dingue que cette question ne soit pas prise au sérieux et soit toujours présentée comme une sympathique et inoffensive revendication locale.

La langue a une double nature, culturelle et politique. Dans le débat sur les langues régionales, les deux se mélangent souvent. Je n’ai aucun mépris pour ceux qui choisissent d’aimer et de pratiquer une langue régionale. Il s’agit d’une activité culturelle aussi légitime qu’une autre et je n’ai aucune critique à leur adresser. Mais nul ne peut ignorer la nature politique de la langue qui est un fondement essentiel des nations. Et là, en tant que député, même « parisien », j’ai mon mot à dire.

Les langues régionales sont reconnues et même enseignées par l’Education Nationale. Elles ont été inscrites dans la Constitution…que veut-on de plus ? Que la République finance un enseignement totalement contradictoire à ses principes, au nom d’un régionalisme fantôme et d’identités folkloriques ? Plus c’est gros, plus ça passe ! Il s’en est fallu de très peu que cette proposition soit adoptée jeudi soir.

Il ne faut pas être naïf : ces revendications linguistiques seront demain le terreau de revendications régionalistes destructrices de l’unité nationale. Derrière la revendication linguistique, il y a un projet politique. La France a beaucoup de défis à relever en ce début de XXIème siècle, il me semble inutile et irresponsable de nourrir de futurs séparatismes.

Vive les langues régionales ! Mais vive les langues régionales comme activité culturelle. Pas à l’école, pas dans les administrations, pas dans les écoles. Les hommes ne sont pas des arbres, ils n’ont pas de racines. Dans le monde de 2015, la quête des racines me semble une régression et c’est pourquoi il me semble logique de donner la priorité aux langues régionales du monde: celles qui comptent au moins 100 millions de locuteurs.