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La gauche et l'Europe : retour vers le futur

Lundi 8 Juin 2009



SUJETS : Europe

Les élections européennes ont été un puissant révélateur des lacunes et des manquements du projet européen. Un demi-siècle après le traité de Rome, l'Europe n'a plus de cap.


La gauche et l'Europe : retour vers le futur
Il ne faut pas se payer de mots : la gauche est branchée sous respirateur artificiel depuis longtemps. Elle est intellectuellement paresseuse, inaudible face au gouvernement et incohérente dans ses propositions. Le parti socialiste, désormais hégémonique parmi les gauches, est devenu un parti d’élus ou de gens qui aspirent à l’être. Il a perdu sa culture de parti, son électorat populaire, sa force militante et sa capacité à analyser le monde. Quant au parti communiste, il est entré depuis vingt ans en récession chronique et, menacé sur sa gauche, semble vouloir substituer l’alter mondialisme festif au marxisme historique, au moment où beaucoup redécouvrent la pertinence de ce dernier à la faveur de la crise. Pour le reste, l’atomisation en une multitude de mouvements plus modestes, ne participe pas d’une clarification du paysage politique. Lorsqu’ils regardent sur leur gauche, les Français sont dans le brouillard.

Le verdict des scrutins passés est éloquent. La gauche a quitté la terre ferme et ne signifie plus rien pour les gens de peu. A mesure qu’elle a abandonné son projet corps et bien jusqu’à son propre reniement, elle s’est peu à peu refugiée dans une approche sociétaliste qui pense la société civile avant et contre la puissance publique. Les gauches se sont peu à peu nécrosées, sûres de leur fait, à la limite d’une forme plus ou moins aboutie de dogmatisme éclairé pour élites en manque de sensations fortes. Issues des mouvements contestataires des années 60, les gauches modernes se sont assignées pour mission de démembrer l’Etat. Son credo ? L’extension illimitée des droits et des libertés individuelles. Au fil des trente dernières années, elles ont servi sur un plateau le complément idéal au libéralisme économique : Europe et Droits de l’Homme sont devenus les deux faces essentielles du prisme à travers lequel elles ont bâti un semblant de doctrine qui permettait en vérité d’instaurer le monde qu’elles prétendaient combattre. Les classes laborieuses pour leur part vivaient la réalité engendrée par cette Europe sentencieuse, cette Europe sans frontières, cette Europe sans les peuples.

La réalité économique et géopolitique du XXIème siècle naissant nous invite à penser un monde nouveau. Nous devons reprendre le fil de l’histoire par là où la gauche a péché. Au commencement était le choix cornélien de 1983 dont l’enjeu fut synthétisé avec lucidité par François à la veille du tournant de la rigueur : « Je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale. Le SME est nécessaire pour réussir la première, et limite ma liberté pour la seconde » . En d’autres termes, la question fut posée sur le mode exclusif : l’Europe ou le projet socialiste ? En choisissant la première solution, le mandat reçu des Français en 1981, malgré la surenchère sémantique et les promesses la main sur le cœur, a bel et bien été remisé progressivement aux oubliettes. Pour avoir adhéré à l’aventure européenne sans conditions, le PS a fait le deuil de la justice sociale et de l’idéal d’égalité des citoyens. C’était le temps de « l’ouverture de la parenthèse libérale » .

Il aura fallu vingt ans pour que tombent peu à peu les illusions et que le réel revienne sur le devant de la scène. Avec le non au projet de Traité constitutionnel en 2005, la question européenne est revenue en boomerang dans le débat au sein de la gauche. L’adoption parlementaire du Traité de Lisbonne - soutenue par une majorité des élus de gauche – en dit long sur le mépris de la souveraineté des peuples. Après le non de juin 2008, les Irlandais seront consultés à nouveau cette année pour leur offrir une seconde chance de fournir la réponse que les élites attendent d’eux. Cette logique de « referendum jusqu’à ce que oui s’en suive » révèle la nature doctrinaire et péremptoire de la construction européenne. A-t-on jamais vu un peuple appelé à voter une seconde fois sur un traité auquel il aurait préalablement répondu par l’affirmative ?

Les élections européennes de juin 2009 qui viennent offrent une occasion de rassembler la gauche sur un projet, de jouer carte sur table et de libérer la parole. Sans revenir sur la responsabilité des uns et des autres, il convient de sublimer la querelle de 1983 en tirant les leçons objectives des choix opérés.

Le Mouvement Républicain et Citoyen a pris l’initiative et a proposé de mettre carte sur table. Fidèle à l’engagement de Jean-Pierre Chevènement, le MRC ne désarme pas et affirme la continuité d’une analyse dont nous n’avons pas à rougir. Nous avons pris la responsabilité de solliciter les partis de gauche à la veille des élections européennes. Confrontés à une fin de non recevoir,
Nous avons proposé une plateforme commune qui soit à même de répondre aux défis que la crise économique dresse de manière aigüe devant nous : création d’un gouvernement économique de la zone euro, modification des statuts de la BCE, construction européenne à géométrie variable sur la base des coopérations renforcées, abandon du fédéralisme et du projet intégrationniste européen.

L’Union européenne étendue à 27 ne peut plus avoir les mêmes ambitions que certains lui avaient accordées à l’époque de l’eurobéatitude contagieuse chez les leaders d’opinion. Face à la guerre d’Irak comme face à la crise économique, ni l’introuvable communauté internationale, ni l’Union européenne, n’ont fournit les gages de leurs capacités d’action. Seules les Nations, procédant des peuples européens, ont pris l’initiative. La Nation est le lieu du pouvoir légitime à l’échelle internationale et le demeurera. L’intégration européenne et le fédéralisme sont désormais à ranger sur l’étagère parmi la collection d’antiques illusions généreuses et abstraites commises par l’Histoire.

Au plan institutionnel, le Parlement européen est aujourd’hui l’excipient démocratiste d’un seul et unique principe actif : la commission européenne. Cette dernière ne représente ni les peuples, ni l’intérêt général. Il doit y avoir en son sein une voix de gauche suffisamment puissante pour porter l’ambition d’une Europe indépendante, au service de la puissance publique et des Nations qui la composent, pour faire vivre la promesse de solidarité et garantir sa capacité d’initiative et d’action.

Pour la gauche française, il faut un électrochoc fondateur et remiser les egos au vestiaire. Si nous n’en sommes pas capables, les stratégies de boutique nous mèneront collectivement au désastre. Il faut par conséquent privilégier une refondation et une requalification complète de la gauche dans son ensemble à partir de quelques exigences qui permettront de déterminer un cap et de s’y tenir. Il est temps désormais de refermer la parenthèse de 1983 pour ouvrir l’avenir d’une gauche régénérée.

La question désormais est : jusque quand ?
Jusque quand la gauche continuera-t-elle de nier la réalité, celle des gens de peu, celle des humbles, celles de citoyens pris entre le marteau de l’impératif consumériste et l’enclume de la compression des salaires ? Aura-t-elle le courage de comprendre que la catéchèse éthérée de ce monde dépourvu de frontières, se traduit concrètement et inéluctablement par la paupérisation du plus grand nombre. Cette infernale contradiction devra un jour être prise à bras le corps pour que la gauche renoue avec son histoire, son âme et sa raison d’être.
A défaut, nous entendrons bientôt sonner le glas. Seule l’inconséquence de l’orgueil, drapé de certitudes inébranlables, résiste encore à cette nécessaire introspection.

A L'ASSEMBLEE