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"Réussir vraiment en 2012"

Mercredi 8 Septembre 2010



Discours de Jean-Luc Laurent en clôture de l'Université d'été de Valence (5septembre 2010)


"Réussir vraiment en 2012"
Cette année, notre université d’été s’est affranchie de certains usages. En témoigne ce discours de clôture qui n’intervient pas en clôture mais… en lever de rideau de cette matinée du dimanche ! François Hollande arrive vers 11H et nous avons jugé souhaitable de ne pas vous imposer un horaire de fin trop tardif. Je sais que beaucoup d’entre vous sont venus de loin parmi les 250 à 300 participants que vous êtes.

Un mot d’abord de remerciement à nos camarades de la Drôme et de l’Ardèche, et au premier rang desquels notre ami Gérard Boucher, maire–adjoint de Valence, qui a été l’organisateur de cette université d’été. Mes remerciements vont également de manière appuyée à toi, chère Catherine, pour la spontanéité qui fut la tienne lorsque nous avons sollicité des fédérations pour l’organisation de cet événement. Grâce à vous deux et à l’équipe des militants votre fédération, nous avons pu jouir d’une organisation de grande qualité. Après l’Université d’été de Toulouse de 2009, il n’était pas facile de relever le défi. Vous avez su le faire de très belle manière car, comme chacun sait, organiser ce type d’événement demande une implication particulière, une motivation supplémentaire. C’est aussi par et à travers vous que le MRC est dignement représenté dans la Drôme et en Ardèche.

La tenue de notre Université d’été ici a une autre raison : l’inacceptable reniement de l’accord pour les régionales où Catherine Coutard et les autres candidats MRC ont été relégués par le président de région, ce qui nous a conduits à un retrait pur et simple. Notre présence vaut détermination.

Valence, Valencia en latin, cela veut dire la Vaillante, la Vigoureuse. Sous cet auspice, l’Université d’été du MRC est bien placée : le MRC n’a jamais manqué ni de vaillance, ni de vigueur.

Je veux remercier le maire de Valence, Alain Maurice, qui a su faciliter notre venue et qui nous a accueillis en partenaires et en amis, ici, aux portes du Midi.

Je veux saluer et remercier plus particulièrement nos intervenants d’hier : Alain Cotta, Jean-Pierre Gérard, Laurent Pinsolle, Jean-Michel Quatrepoint et Pierre-Alain Weill pour les intervenants du dehors, et Etienne Butzbach, Bruno Moschetto, Yves le Hénaff, Julien Landfried, Patrick Quinqueton, Marie-Françoise Bechtel pour les intervenants du dedans, c’est-à-dire du MRC, selon l’expression de Bastien Faudot. Merci enfin et surtout à Bastien Faudot qui a la responsabilité de notre université d’été. 2010 est un excellent cru.

Le thème de l’Université d’été s’est imposé à nous comme une évidence. Une évidence politique, une évidence sociale, une évidence intellectuelle aussi. La crise est peut-être moins présente dans les médias qu’elle ne le fut au cours des deux dernières années, cela ne signifie pas qu’elle l’est moins dans la réalité, bien au contraire.

I) Avec la crise, la France doit reprendre en main son destin
Au lendemain de l’épisode douloureux des subprimes, qui avait vu les puissances publiques intervenir directement pour sauver la finance, les banques, et donc aussi les épargnants, n’avait-on pas déjà entendu quelques esprits impatients un peu trop prompts à célébrer les miracles de la relance, à chanter le retour de la croissance ?

La crise grecque au printemps dernier aura eu l’effet d’une douche écossaise pour ceux qui pensaient en avoir terminé avec les turbulences. Il aura fallu là aussi l’engagement des puissances publiques pour rasséréner les exigences croissantes des marchés. Qui aurait cru hier que les Etats seraient un jour suspendus, accrochés au bon vouloir d’agences de notation privées, qui se sont mises en situation de faire la pluie et le beau temps sur le marché de la dette ? De ce point de vue, je glisse une piste qui me paraît essentielle pour l’avenir : n’y a-t-il pas nécessité à restructurer la dette pour la renationaliser ? C’est une piste pour se débarrasser de la tutelle des fameuses agences de notation et reconquérir ainsi notre autonomie.

Mais à nouveau, l’accalmie semble être revenue. Pour un temps, car le mal est plus profond. Je ne veux pas jouer ici les Pythie ou les Cassandre, mais il importe d’être lucide pour prendre la mesure des défis que nous aurons demain à relever.

Je ne veux pas non plus vous assommer de chiffres mais il y a des signes qui ne trompent pas. Il suffit de conserver en mémoire les chiffres donnés hier et les statistiques publiées par l’INSEE ces derniers mois pour prendre le pouls de ce qu’on appelle pudiquement « la conjoncture ». Celle-ci se révèle d’une grande fébrilité :
- Le chiffre d’affaire de l’industrie manufacturière a baissé de 0,5% en juin ;
- Augmentation des défaillances d’entreprises de +3,3% au printemps ;
- Les créations d’entreprises ont baissé de -23% hors auto-entrepreneurs en juillet dernier ;
- Les immatriculations de véhicules ont baissé de 5% en juillet ;
- Après une récession d’environ 2% en 2009, les prévisions de croissance en 2010 oscillent entre 1 et 1,5%, ce qui est tout-à-fait insuffisant pour faire face à la dette de l’Etat, à l’insolvabilité des ménages et au chômage notamment de longue durée.

Ce ne sont pas là ce que l’on pourrait appeler les signes manifestes d’une reprise. Ce sont ceux d’une préoccupante stagnation.
Ce constat doit être croisé avec une évolution historique au long cours :
- La balance commerciale est structurellement déficitaire depuis 7 ans en France : les parts de marché de la France ont réduit d’1/3 en 10 ans.
- Le taux de chômage est repassé au-delà des 10% depuis le printemps selon l’OCDE
- Le nombre d’emplois dans l’industrie a chuté de 5,5 millions à 3,5 millions en 30 ans dont 500 000 emplois perdus depuis 2000 comme nous l’a rappelé hier Jean-Michel Quatrepoint.
- La dette publique atteindra 80% du PIB à la fin de l’année 2010. La cour des comptes a anticipé le chiffre de 100% du PIB pour 2013 !
- La zone euro est une zone atone en termes de croissance depuis sa conception avec des moyennes qui plafonnent à 1 ou 1,5% depuis sa création.

Je fais ce bref énoncé parce que nous avons un devoir de vérité. Ce devoir de vérité n’est pas le produit d’une visée morale. C’est la première condition pour comprendre aujourd’hui et pour agir demain.
Face à ce dérèglement généralisé, la France est confrontée à une réalité historique rugueuse. Les tables rondes d’hier ont permis d’en prendre la mesure. Car la gravité de la situation doit être considérée pour elle-même : cette crise est le produit d’une histoire. Elle n’est pas apparue par l’opération du Saint-Esprit !
- Cette crise est le résultat d’une économie où la production de richesses réelles a été de plus en plus subordonnée aux valeurs virtuelles. Lorsque le soufflé retombe, ces dernières entraînent les premières dans leur chute.
- Elle est le résultat de choix politiques qui ont livré la force de travail de nos salariés à la concurrence déloyale des pays à très bas coûts. La déréglementation et l’abattement des frontières, hier perçus par certains comme une cause généreuse et sacrée, a désormais produit ses effets funestes.
- Elle est enfin le résultat d’une doctrine inconséquente, a-politique par essence, qui a connu une renaissance puissante à la fin des années 70 : le spontanésime de la main invisible d’Adam Smith. Le libéralisme est d’abord une théorie d’une naïveté confondante. Le système économique s’effondre en partie par la vacance du pouvoir, par l’abandon du politique. Depuis Rousseau pourtant nous savons bien que ce n’est pas la somme des intérêts particuliers qui constitue l’intérêt général.

L’enjeu, pour la France, c’est d’abord de reprendre en main son propre destin. Il est un rendez-vous politique qui doit pouvoir servir de levier pour cela : la prochaine élection présidentielle et bien sûr dans la foulée, les élections législatives.

II) La gauche a besoin de mettre ses idées au net pour réussir vraiment
Pour se hisser à la hauteur de l’enjeu en 2012, la gauche doit se concentrer sur l’essentiel : l’analyse de la crise, de ses tenants et de ses aboutissants. Car cette crise est aussi un moment décisif, elle va remodeler les rapports sociaux, économiques mais aussi internationaux sur le long terme.

Depuis le début de cette crise, le MRC, fidèle à sa méthode, a privilégié le travail d’analyse et a mis sur le métier un corpus de propositions. Ces 40 propositions que notre congrès de juin a adoptées, ont été rassemblées dans ce que nous appelons le « Programme de Salut public ». Ce programme de Salut public, c’est la volonté d’instituer une main très visible qui doit organiser la vie sociale, le monde du travail et la vie économique. L’autorégulation est une théorie de charlatan au service du droit du plus fort.

Depuis la déconvenue des subprimes, nous avons entendu des appels vibrants à la moralisation du capitalisme financier. Mais le capitalisme financier n’a pas besoin de morale ! Le capitalisme financier a besoin de règles, de contraintes, d’un encadrement stricte pour délivrer les citoyens, les salariés, les ouvriers du double étau dans lequel ils ont été placés : l’étau de la contrainte actionnariale et l’étau de la contrainte concurrentielle.

La gauche a, de ce point de vue, un double objectif qui doit animer son ambition et son projet pour 2012: libérer l’économie de production des injonctions de rendement de la finance, remettre sur pieds un système concurrentiel loyal. En deçà de ces exigences, elle ferait fausse route. Ce sont les deux obsessions qui doivent conduire son action sur le plan économique.

Jean-Pierre Chevènement l’a dit à la fête de la rose à Frangy-en Bresse cet été : pour la gauche, la question ne se réduit pas à la victoire en 2012. Plus encore, la gauche a le devoir de réussir si elle l’emporte en 2012. Et pour réussir, elle doit changer de braquet, se délivrer de la logique sociale-libérale et des vieilles recettes sociales-démocrates qui sont obsolètes.

Ayons un langage d’exigence et de vérité : la gauche court le risque de retomber dans ses errements chroniques. La question posée par cette crise est autrement plus considérable que les turpitudes de M. Woerth et les extravagances de Mme Bettencourt. Il ne s’agit pas de les minimiser : les accusations portées sont graves et méritent d’être évaluées. Mais la gauche n’a pas à découvrir la lune !

Au MRC, nous ne découvrons pas la République et ses valeurs au premier rang desquelles figurent la rectitude, le désintéressement et l’intérêt général.

La gauche doit proposer un projet alternatif. Pour cela, la gauche a besoin de mettre ses idées au net sur la nation, la place de la France en Europe, les réponses à la crise de l’euro et à la globalisation financière. La gauche n’a pas aujourd’hui de projet partagé pour gagner et réussir vraiment.

L’antisarkozysme un danger incalculable. D’abord parce que la question posée n’est pas celle de sa personne, mais celle de l’orientation politique qu’il incarne, et de la pratique du pouvoir qu’il exerce depuis plus de trois ans. La gauche doit en un mot, se mettre hors de portée et faire la différence sur le fond.

Cet été, M. Sarkozy a multiplié les provocations et son cabotinage de mauvais goût auprès de l’électorat d’extrême droite semble ne plus avoir les effets escomptés. Pour l’heure, la gauche semble avoir réussi dans les grandes lignes à ne pas tomber dans le piège qui lui avait été tendu. Mais on sent la tentation qui peut être la sienne à se draper de vertu, à faire montre d’indignation et se réfugier dans une surenchère inutile. Sur la question des Roms, sur celle de l’insécurité, seul un discours républicain charpenté, articulé, lui permettra de répondre sur le fond, sans rien céder aux provocations. Le problème du Président de la République, à la différence de tous ses prédécesseurs, c’est qu’il rentre systématiquement dans une logique de dislocation du corps social en désignant à la vindicte telle ou telle catégorie de citoyens ou de résidents de notre pays.

A l’image du président, depuis plusieurs mois, le gouvernement s’égare. En juin, Mme Bachelot témoigne en Afrique du Sud qu’elle a arraché quelques larmes aux joueurs de l’équipe de France, en juillet M. Woerth s’explique à distance avec la famille Bettencourt, en aout M. Hortefeux se fait taper sur les doigts par le pape et puis, et puis, l’inénarrable M. Kouchner fait part de ses états d’âme et se contorsionne pour expliquer qu’il aurait bien aimé démissionner, qu’il était vraiment à deux doigts de le faire, laissant entendre que si ça continue, la prochaine fois peut-être…. Mais M. Kouchner, on ne brandit pas une démission. Dans la vie politique, on démissionne ou on se la ferme ! Preuve que ce sont ceux qui en parlent le plus qui en font le moins.

Cette séquence gouvernementale nous plonge au royaume d’Ubu !

La République mérite un autre destin. Face aux enjeux déterminants auxquels cette université d’été s’est très largement consacrée, la gauche va devoir faire preuve de ténacité, d’imagination et de suite dans les idées.

Pour 2012, la gauche aura besoin d’une pointe saillante et avancée à la proue du navire. Le MRC, par la qualité historique des orientations qui ont toujours été les siennes sera incontournable : sur la question industrielle, sur la croissance, sur les relations internationales, sur l’école, sur la laïcité, sur la sécurité, nous avons le privilège de l’antécédence. Nous avons aussi celui de la continuité.

Ce privilège de l’antécédence ne doit pas nous transformer en donneur de leçons. Nous avons toujours privilégié l’analyse et le débat afin de définir un projet solide et sérieux. C’est ce que nous faisons et allons développer dans les mois qui viennent avec les partis de gauche et avec les citoyens directement.

Jean-Pierre Chevènement a répondu à l’invitation d’Arnaud Montebourg voici 2 semaines. Il échangera dans un instant avec l’ancien premier Secrétaire du parti socialiste François Hollande, que je veux remercier chaleureusement d’avoir accepté notre invitation. Nous irons ensuite rencontrer Martine Aubry dans une dizaine de jour. Chacun d’entre eux connait notre tempérament, nos convictions et la place essentielle que nous faisons pour l’argument et la raison.

Certains doutent de notre décision de ne pas participer aux primaires socialistes. La question m’est posée régulièrement. Soyons clairs : du point de vue du MRC, le processus des primaires – réduites à des primaires socialistes êt avec un arrangement – est mort-né. Je m’explique : si l’objet réel de ces primaires était d’obtenir automatiquement le label républicain pour le futur candidat socialiste, il n’était tout simplement pas question d’offrir notre caution sans qu’une étape préalable de réflexion et de débat sur le fond, puis un projet commun n’ait eu lieu.

Fort de son projet, du programme de Salut public auquel il travaille depuis plus d’un an, le MRC a donc décidé de porter, de soutenir une candidature républicaine pour 2012. L’espace politique existe : il mérite d’être développé, agrandi, pour que notre message soit porté à la connaissance de tous les Français. Nous avons un an pour faire bouger les lignes. Si nous sommes capables de nous porter vers l’avant, l’égalité républicaine, la puissance publique sera le recours dans cette période troublée où les repères sont malmenés.

Jean-Pierre Chevènement a pris ses dispositions pour être prêt si la situation l’exige. François Hollande a fait connaître sa possible candidature dans le cadre des primaires. C’est donc un débat entre deux présidentiables qui va clôturer cette université d’été dans un instant.

Preuve que le MRC se tourne tout entier pour préparer les rendez-vous de 2012, qu’il compte bien peser dans le débat et prendre toute sa part au combat !

A L'ASSEMBLEE