Discours du 19 mars

Mercredi 20 Mars 2013

Le discours prononcé au Kremlin-Bicêtre lors de la commémoration du 19 mars 1962


Discours du 19 mars
Mon Colonel, Monsieur le Président de l’UFAC, Mesdames et Messieurs les anciens combattants,
Mesdames et messieurs,

Depuis le 6 décembre dernier, le 19 mars 1962 est consacré par la loi « journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d'Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc». Comme député, je suis heureux du vote et de la promulgation de cette loi. Je souhaiterais ici, loin des controverses, que nous soyons réunis pour rendre hommage à toutes les victimes du conflit, civiles ou militaires, françaises et algériennes.
Le dimanche 18 mars 1962, les accords étaient signés à Évian entre le gouvernement français et le FLN, mettant fin à dix années de guerre en Algérie et aux combats du Maroc et de Tunisie. Le lendemain, lundi 19 Mars 1962 à 12 heures, le cessez-le-feu était proclamé.

Le 19 mars est une date symbolique, il ne s’agit en aucun cas d’occulter les souffrances de ceux qui au-delà du 19 mars ont été les ultimes victimes. Notre histoire nationale est traversée de grandes dates, comme a dit Victor Hugo « Les souvenirs sont nos forces. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume des flambeaux. »
Cette commémoration de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, porte reconnaissance, par la République, des souffrances endurées en son nom. Nous nous inscrivons dans une démarche de souvenir, de vérité et de réconciliation. Elle traduit notre devoir de mémoire, essentiel à notre conscience collective et citoyenne. Elle illustre aussi, et c’est le sens que je souhaite lui donner, notre profond respect pour les anciens combattants et notre reconnaissance.



La mémoire des soldats -et de toutes les victimes- ne saurait être bafouée par l’ignorance, le mépris ou l’indifférence. Notre passé commun doit être assumé, avec sa part d’ombres et de lumières, de toute part.

La France a vu dans l’Algérie « une plus grande France » et non un pays avec son histoire, ses racines, son identité.
Cet aveuglement de quelques uns a conduit à la lutte d’un peuple pour son indépendance et à une guerre franco-française.
Entre 1954 et 1962, parmi les deux millions de jeunes français mobilisés, 27 000 furent tués, un millier a disparu et 1300 sont morts des suites de leurs blessures. Parmi eux, des Kremlinois sont tombés sur le sol algérien. Il y eut également 270 000 algériens tués pendant ce conflit, 4000 civils furent victimes d’attentats en France comme en Algérie. N’oublions pas les 200 000 harkis qui servirent la France furent abandonnés, notamment par une loi leur retirant la nationalité française en mai 1962.

Il ne m’appartient pas de réaliser le bilan de la présence française en Algérie ni d’analyser la conduite de la guerre – toujours inhumaine -, les atrocités c’est aux historiens de réaliser ce travail. En tant que Maire, au contact de nombreux kremlinois, je veux surtout saluer et conforter les liens humains forts, forgés au cours de l’histoire, mais aussi dans notre vie de tous les jours. « L’avenir de chacun de nos pays passe en grande partie par l’autre » et notre avenir commun durera plus longtemps que notre passé. C’est cet avenir que nous devons construire, celui des deux rives de la Méditerranée. C’est ce message qu’il m’apparait fondamental de transmettre aux jeunes générations. En un demi siècle, l’Algérie a triplé sa population, a modernisé ses structures, a procédé à un effort important dans le domaine éducatif. Après les heures tragiques des années 90, l’Algérie a su garder les fondements démocratiques tels que la liberté de la presse et le pluripartisme, des signes importants dans un monde arabe qui se bat pour la démocratie.
Dans le contexte de mondialisation sauvage, l’union de nos deux pays peut être un atout et un exemple pour faire en sorte que la Méditerranée soit un espace de coopération. Le développement d’un axe Paris-Alger peut être une voix pour structurer la méditerranée occidentale. C’est en renforçant les coopérations de toutes sortes, sur une relation d’égal à égal que nous forgerons l’avenir. La proximité géographique, humaine, culturelle, linguistique, et la forte imbrication de nos populations sont des atouts essentiels pour y parvenir. Notre jeunesse aussi.
Ce 19 mars est un jour de célébration de la paix, ne l’oublions pas. Un hommage surtout, à ceux qui, morts au feu, nous engage à nous tourner vers l’avenir et cicatriser les plaies. Le passé douloureux nous exhorte à la réussite de l’Algérie, c’est pour moi la responsabilité de notre pays, plus que celui de la repentance.

Vive la paix.
Vive la République.
Vive la France.

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Jean-Luc Laurent

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