Jean-Luc Laurent - Le site
 
Jean-Luc Laurent - Le site
Facebook
Twitter
Dailymotion


L'euro, bourreau des peuples

Mercredi 12 Janvier 2011



SUJETS : Economie, Europe


L'euro, bourreau des peuples
Tribune publiée dans le numéro de janvier 2011 de Citoyens Militants : www.mrc-france.org/Telechargez-et-distribuez-le-numero-de-Citoyens-Militants-de-janvier-2011-consacre-a-la-sortie-de-La-France-est-elle_a213.html

Sept mois après la crise grecque, l’Irlande a obtenu l’aide du Fonds de Stabilité européen. 85 milliards d’euros lui seront prêtés afin de renflouer ses finances publiques durement ébranlées par l’absorption des dettes bancaires. En contrepartie, le peuple irlandais devra subir une cure d’austérité de 15 milliards d’économies prévues de 2011 à 2014. Alors même que le maintien de l’impôt sur les sociétés à un taux outrageusement bas pérennise le dumping fiscal pratiqué par l’Irlande au mépris de son propre peuple. Au prix d’une boîte aux lettres en Irlande, certains grands groupes délocalisent ainsi leur production dans des pays à faible coût de main d’œuvre.

L’Irlande n’est pas un cas isolé. Du fait de la hausse des taux d’emprunt, le Portugal et l’Espagne risquent à leur tour d’avoir recours au Fonds de Stabilité Européen. Or, ce mécanisme s’avère aussi inefficace qu’insuffisant. Sa contrepartie budgétaire contraint en effet les Etats à des plans d’austérité qui ajoutent la récession à l’endettement. Par un effet pervers, à mesure que décroît la confiance des marchés dans leur solvabilité, les taux d’emprunt obligataires flambent. De sorte qu’une éventuelle aide à l’Espagne mobiliserait à elle seule la totalité du Fonds européen de Stabilité !

Nous arrivons de toute évidence au bout du cycle de l’euro tel que l’ont géré la Banque Centrale Européenne et des gouvernements aux abonnés absents sur la politique de change. Pris dans les mailles d’une BCE obsédée par l’inflation, incapables de définir ensemble un niveau de change réaliste, les Etats subissent le contrecoup d’un euro surévalué qui favorise la seule Allemagne.

Hélas, la gauche française reste muette. Lors de la rencontre entre le PS et le MRC le 29 septembre dernier, Martine Aubry avait néanmoins exprimé à Jean-Pierre Chevènement sa volonté de « revenir sur l’indépendance de la banque centrale européenne ».
Pourtant, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI et possible candidat à l’élection présidentielle, appelle de ses vœux la «création d'une autorité budgétaire centralisée, aussi indépendante politiquement que la Banque centrale européenne » qui « fixerait les orientations budgétaires de chaque pays membre » . Cette solution technocratique aggraverait la dérive oligarchique de l’Europe. Entre Martine Aubry côté cour et Dominique Strauss Kahn côté jardin, qui croire ?

La gauche devrait incarner une alternative au capitalisme mondialisé. Pour cela, il faut modifier les règles de l’euro, ou, à défaut, recouvrer notre souveraineté monétaire. Encadrer l’endettement privé, assurer un contrôle partiel des banques en difficulté, renoncer à l’indépendance de la BCE et mener une politique de change conforme aux intérêts économiques européens face au dollar et au yuan sont les missions de la gauche.

A cette fin, la France devra ouvrir une négociation franche avec l’Allemagne pour mettre fin au dogme de l’euro fort. Sans cela, la désindustrialisation de l’économie française ne pourra que s’aggraver et les classes populaires seront condamnées à un appauvrissement croissant. Face à l’ampleur de la crise, la gauche doit refermer la « parenthèse » libérale ouverte en 1983. Faute de quoi, elle ne pourrait que s’aliéner durablement le soutien du peuple et particulièrement des classes populaires.

A L'ASSEMBLEE