Jean-Luc Laurent - Le site
 
Jean-Luc Laurent - Le site
Facebook
Twitter
Dailymotion


L'histoire nous ordonne l'humilité

Vendredi 19 Mars 2010



Discours de commémoration du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu en Algérie.


L'histoire nous ordonne l'humilité
Il y a 48 ans s’achevait un épisode douloureux de notre histoire.

Il y a 48 ans, prenait fin par les accords d’Evian, la guerre d’Algérie, qui opposa pendant 8 longues années, l’armée française et le peuple algérien qui luttait pour son indépendance.

Coté Français, fut évoqué pudiquement « les événements d’Algérie » comme si ce conflit ne pouvait être nommé. Coté algérien, il s’agissait d’une guerre de libération nationale qui déboucha le 5 juillet de la même année par la proclamation d’indépendance de ce qui allait devenir, une grande nation du continent africain. Quel qu’en fut le ressenti, pour chacun des deux camps, cette guerre fut une épreuve douloureuse qui a meurtri la mémoire commune de nos peuples.

Près de 50 ans plus tard, ce conflit résonne encore comme une incompréhension magistrale. La France, nation millénaire, est consciente des sacrifices et du long parcours que représente la conquête de l’indépendance, condition d’exercice de la pleine souveraineté. C’est ce chemin que le peuple algérien a entrepris.

La légitimité de cette histoire ne fait aucun doute mais elle n’autorise pas à condamner l’action de nos soldats. En Algérie, 25.000 soldats français sont tombés et plus de 2000 civils sont morts entre 1954 et 1962.Trop souvent, j’entends ici ou là des amalgames et le jugement unilatéral qui consiste à rendre l’armée française responsable. Responsable, le mot est lancé. Mais en République, ce sont les représentants élus, et donc le peuple, qui exercent la responsabilité des choix. Et c’est là que réside l’honneur, la grandeur de l’armée française : servir la Nation, ses choix et ses intérêts. En dehors de cette exigence, nous n’avons pas à faire à une armée, mais à des milices. Et nos soldats ont payé, du prix de ce qui leur était le plus précieux : leur vie.

Est-ce à dire que nous avons été collectivement irréprochables ? Je ne le pense pas. Et quelle Nation, quel peuple, pourrait se prévaloir d’une histoire vierge de sa part d’ombre ? L’histoire est teintée de nuances, pétrie de complexités qu’il me semble toujours grotesque de simplifier à l’outrance. Elle ne désigne pas une fois pour toute d’un coté des bourreaux absolus et de l’autre des victimes éternelles.

La construction a posteriori de l’enchaînement des faits traduit toujours davantage les intérêts du présent que le souci de vérité du passé. Je veux dire par là, qu’il est inopérant et inopportun que la guerre d’Algérie vienne 50 années plus tard, apporter des justifications confortables parce qu’elle aurait été une sorte de péché originel. L’histoire nous ordonne l’humilité. Elle nous regarde de haut et nous lègue des enseignements à la lumière desquels nous sommes armés pour bâtir le monde qui vient.

Cette conviction est une condition nécessaire pour tourner la page. Le temps est devenu celui de l’apaisement entre nos deux nations. Le temps est devenu celui de la mémoire qu’il ne faut pas confondre avec le jugement.

Au Kremlin-Bicêtre, nous rendons plus précisément hommage aux 40 Kremlinois tombés pendant cette guerre. Le sacrifice qui fut le leur nous oblige pour regarder vers l’avenir.
Hier ils ont rempli leur mission, donnant à la France, sa propre capacité d’action. Ils ont contribué activement à l’exercice de ce qu’elle a de plus noble : son indépendance.

N’oublions pas nos soldats, nos hommes, ceux qui perdirent à vingt ou vingt-cinq ans, l’espoir du lendemain et le bonheur de vivre. Le nôtre doit aujourd’hui encore quelque chose à leur sacrifice.

Voilà pourquoi le souvenir, le recueillement, est une promesse d’avenir.

Vive la paix
Vive la République
Vive la France

NOS VILLES