« Le Portugal inquiète la zone euro » titrait récemment un grand quotidien. Ne serait-ce pas plutôt l’inverse ? Après avoir saigné la Grèce, la crise de l’euro guette en effet le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et peut-être la France. En cause, les déficits chroniques de ces Etats minés par le sauvetage- inconditionné- des banques (France), la fraude fiscale (Grèce) ou la sous-imposition des sociétés (Irlande).

Dès la création de la monnaie unique, la disparité des situations économiques européennes condamnait l’euro à sa perte. Loin de la « zone monétaire optimale » dont se targuent les eurobéats, la surévaluation de l’euro, qui profite à la seule Allemagne, constitue l’unique dénominateur commun entre des économies aux intérêts divergents.

Comme un présage des crises à venir, la chute du gouvernement portugais a précédé la signature du Pacte pour l’euro . Sous prétexte de sauver la monnaie unique, ce texte applique la norme du moins-disant social rebaptisée « processus de convergence des compétitivités européennes ». En désindexant l’évolution des salaires de celle des prix, cette politique de déflation salariale grève le pouvoir d’achat, conformément aux obsessions anti-inflationnistes du Fonds Monétaire International. Dans un même élan de néolibéralisme, le Pacte pour l’euro proclame que « les augmentations significatives et durables (de salaire) pourraient provoquer une érosion de la compétitivité ». Ici, l’analyse pêche aussi par impéritie économique. La formidable puissance industrielle de l’Allemagne doit en effet moins à la diminution des coûts salariaux qu’à son extraordinaire tissu d’entreprises moyennes à forte capacité d’investissement. A terme, la déflation salariale menacerait l’économie d’une baisse sensible de la demande interne, engendrant un ralentissement de la croissance.

En France, le scénario-catastrophe d’une crise de l’euro suivie d’une récession n’est plus à exclure. Dans ce contexte, les cinq cents milliards du Mécanisme Européen de Stabilité ne suffiront pas à combler les conséquences financières un éventuel décrochage. Hélas, la toute récente réforme du Pacte de stabilité et de croissance s’inscrit dans la même perspective court-termiste.

Alors que la politique budgétaire reste la compétence des Etats membres, le gouverneur de la Banque Centrale Européenne entend par ailleurs construire une « quasi-fédération budgétaire » sur le modèle de la BCE. Ce projet également défendu par Dominique Strauss-Kahn, s’émanciperait de toute contrainte démocratique afin d’appliquer des sanctions financières aux Etats laissant leurs finances filer.

Dans son dernier livre, Jean-Pierre Chevènement évoque le « pari pascalien » d’un François Mitterrand se jetant à corps perdu dans l’européisme pour mieux oublier l’abandon de ses desseins socialistes. A trente ans de distance, les dirigeants français et européens concluent aujourd’hui des pactes faustiens avec le néolibéralisme, n’hésitant pas à sacrifier la souveraineté et la prospérité de leurs peuples.

Pour ne pas affronter la crise de l’euro pieds et poings liés, nous devons reprendre notre destin en mains et exiger une baisse substantielle du taux de change ou, à défaut, sortir de l’euro. Il n’y a pas d’autre option tenable pour que notre pays recouvre sa compétitivité internationale et se réindustrialise. La percée du Front National nous rappelle qu’ à force d’oublier le peuple et la nation, ces derniers resurgissent sous des formes pathologiques. Faute d’inflexion radicale des politiques européennes, nos élites auront ainsi beau jeu de dénoncer la dérive populiste des chômeurs et travailleurs pauvres victimes de ce nouveau « Munich social ».
Jeudi 7 Avril 2011
Fraîchement élue présidente du Front National, Marine Le Pen déclarait urbi et orbi vouloir défendre les valeurs de la République. Exaltant indistinctement « les bâtisseurs de nos cathédrales, les codes de Bonaparte, les hussards noirs de la troisième république, les résistants de 40 ou les soldats de notre empire », son discours d’intronisation opérait un hold-up en règle sur les valeurs républicaines, en les mâtinant d’identité chrétienne. C’est là toute l’ambivalence de la fausse conversion républicaine du nouveau Front National. Sur fond de crise sociale, Marine Le Pen marie habilement la critique de la mondialisation avec la stigmatisation de nos compatriotes d’origine étrangère. Dans une France qui ne sait plus qui elle est ni où elle va, son discours rencontre un écho certain parmi nos concitoyens les plus modestes.

Plutôt que de traquer un illusoire danger populiste, il faut comprendre le refuge protestataire de ces exclus de la mondialisation, rarement partisans des solutions proposées par le Front National mais sensibles aux questions soulevées par sa présidente.

Depuis plus de vingt-cinq ans, l’extrême-droite prospère à mesure que la gauche a abandonné le peuple et la droite la nation. Pour la gauche, il est urgent d’incarner une alternative au règne du capitalisme mondialisé. En témoignent les dernières enquêtes d’opinion qui placent Marine Le Pen aux portes du second tour de l’élection présidentielle. A l’exception de Jean-Pierre Chevènement, rares sont les voix à mettre sur le tapis des problèmes aussi épineux que la crise de l’euro, la faillite du libre-échange, la gestion des flux migratoires ou l’accès à la citoyenneté. A ces questions complexes, Marine Le Pen donne des réponses simples, souvent déconnectées du réel : retour immédiat et unilatéral au franc, arrêt complet de l’immigration, interdiction de la double nationalité, etc. Les exemples sont légion. Au risque de l’incohérence, Marine Le Pen mêle allègrement identité et citoyenneté, laïcité et opprobre anti-musulmans, éloge humaniste des frontières et fantasme autarcique.

Hélas, au lieu de prendre à bras le corps tous ces sujets cruciaux, la gauche s’enferre dans une posture morale culpabilisant les électeurs du Front National. Se croyant le parti de l’intelligence, une certaine gauche cultive le mépris des couches populaires réfugiées dans l’impasse du vote contestataire.

Fustigeant à raison la politique de boutefeux de Nicolas Sarkozy, qui ne cesse de mettre en scène ses propres échecs (insécurité, délocalisations, croissance molle), certains cercles sociaux-démocrates manient l’art du contrepied en cédant aux charmes du multiculturalisme institutionnel. Songeons à l’ineptie d’une « citoyenneté musulmane » avancée par Terra Nova. Cette assignation à résidence religieuse serait une véritable porte ouverte aux replis identitaires.

Cette stratégie délétère offre un pain bénit à l’extrême-droite. Non-contente de préempter la question sociale, Marine Le Pen peut ainsi reprendre à son compte l’antienne assimilatrice, loin de l’ethno-différentialisme traditionnel du FN.

Ainsi, pour la gauche, il serait suicidaire de privilégier la différence sur l’égalité, de segmenter la communauté nationale en groupes ethno-religieux fantasmés ou de reculer sur le terrain de la laïcité. Fût-ce sur un mode positif opposé à celui du Front National, l’assignation identitaire de nos compatriotes issus de l’immigration ouvre une boîte de Pandore. Du droit à la différence à la différence des droits, il n’y qu’un pas que la République ne saurait franchir pour garantir l’égalité de tous ses citoyens, sans distinction aucune.

Aujourd’hui encore plus d’hier, les Français ont faim de République. Viscéralement attachés à l’idée de Nation, ils ne résolvent pas à la dilution de notre pays dans le grand bain de la mondialisation libérale. Face aux paniques morales de nos concitoyens, rejetons avec autant de vigueur la démagogie simpliste et la politique de l’autruche. Pour redonner unité et espérance aux Français, la gauche devra créer du « commun » en réactualisant le pacte républicain qui nous lie les uns aux autres.


Jeudi 31 Mars 2011
Annoncé par le Président de la République en personne lors de sa dernière émission de télévision Face aux français, le débat sur la laïcité n’en finit pas de dériver. Organisé par l’UMP, cet événement médiatique tente de donner le change à son électorat déboussolé par l’échec de la politique gouvernementale. Passant allègrement de la laïcité à l’islam puis de l’islam à une « communauté musulmane » fantasmée, Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé nagent en eaux troubles.

Bafouant quotidiennement les valeurs républicaines, les responsables gouvernementaux multiplient les dérapages contrôlés amalgamant nos compatriotes issus de l’immigration à des fauteurs de trouble. Conforme à sa conception « positive » de la laïcité, le Président de la République ne sait plus sur quel pied danser pour mieux masquer la faillite de sa politique. Les jours pairs, la droite surfe à l’envi sur les paniques morales des Français pour jeter certains de nos compatriotes en pâture. Les jours impairs, l’UMP et ses affidés rivalisent de démagogie électoraliste pour capter un supposé « vote musulman » à grands coups de « cadeaux » communautaristes.

Cette infantilisation du débat public met à mal le pacte républicain qui lie l’Etat à la communauté de ses citoyens. Dernier épisode en date, la création d’une « Union de Français Musulmans » par l’UMP demandant aux « musulmans de renouveler leur confiance à Nicolas Sarkozy » illustre la dérive du parti post-gaulliste vers le différentialisme religieux.

Par cette initiative, l’UMP mêle ouvertement politique et religion, sphères privée et publique. Après tout, on n’en attendait pas moins des zélateurs de la « France chrétienne » et autres admirateurs du discours de Latran.

En considérant la nation citoyenne comme un agrégat de communautés ethno-religieuses, le Président de la République sonne le glas du modèle républicain. Ce dernier fait la grandeur et la fierté de la France. Veillons à ce qu’il survive à ce quinquennat gâché.
Jeudi 31 Mars 2011
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L'Euroréalisme doit conduire à la monnaie commune

Discours de Jean-Luc Laurent, Président du Mouvement Républicain et Citoyen et député du Val-de-Marne, prononcé à l’occasion du débat général précédant l’examen par l’Assemblée Nationale du traité TSCG et de la loi organique dite de « la règle d’or », mardi 2 octobre 2012.

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale,
Monsieur le Premier Ministre,
Mes chers collègues,

La crise de l'Euro dure et...j'ai une mauvaise nouvelle elle risque de durer encore.

Je parle ici au nom des trois députés du Mouvement Républicain et Citoyen, parti politique qui s'est constitué, en 1992 avec le référendum sur le traité de Maastricht qui a décidé la création de la monnaie unique.

Je vous prie de bien vouloir excuser notre constance mais derrière les fables qui nous sont servies sur les cigales et les fourmis, les méritants et les indisciplinés, les bons et les mauvais élèves de la Bundesbank, ceux qui ont besoin de coups de règle d'or sur les doigts et ceux qui reçoivent des bons points de la Commission, nous discernons la validité de nos thèses.

Dix années de monnaie unique ne les ont pas émoussées et nous sommes convaincus qu'il n'y aura pas de vingtième anniversaire de l'Euro tel qu’il a été conçu.

Les défauts constitutifs de la monnaie unique ne sont pas réductibles car c'est le concept même de monnaie unique qui est inadaptée à la diversité humaine, géographique, démographique, économique et politique de l'Europe.

Face à l'alternative posée au départ entre monnaie unique et monnaie commune, nous défendons toujours la monnaie commune qui est la monnaie du réel, la monnaie du projet commun et de solidarités construites autour des nations qui sont les briques de base de la démocratie.

Mais nous ne sommes pas des incendiaires.


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Jean-Luc Laurent

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