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Discours de commémoration du 11 novembre 2009

Jeudi 12 Novembre 2009



SUJETS : Histoire, Mémoire


Discours de commémoration du 11 novembre 2009
Au Kremlin-Bicêtre comme partout en France, la commémoration de la fin de la première guerre mondiale a conservé un caractère très particulier. Elle a conservé tout son sens parce cette guerre est demeurée ancrée dans notre mémoire collective : la Nation toute entière connut pendant 4 longues années la tragédie quotidienne d’une guerre majuscule.
A distance des événements, la Grande guerre nous lègue quelques enseignements essentiels et qui expliquent très certainement l’attachement des Français à cette mémoire. Notre civilisation connaît alors un tournant.
Transition militaire. La première guerre mondiale est la dernière des guerres ancestrales où l’infanterie joua un rôle prépondérant, défendant mètre par mètre l’espace sacré d’une République séculière. La première guerre mondiale est aussi la première des guerres modernes qui voient l’industrie chimique et l’artillerie lourde relayer les efforts du front, entraînant à travers l’équilibre des forces un désastre humain jusqu’alors inconnu.
Transition sociale ensuite. Au lendemain de la guerre, la France est à la fois raffermie dans sa vocation et sa population ruinée et affaiblie. La démographie est bouleversée. 1 Kremlinois sur 30 y a laissé la vie.
Transition géopolitique enfin. Au-delà de la forêt d’Argonne et du Chemin des Dames, s’est dessinée une nouvelle configuration des forces dans le monde. La bataille de l’Atlantique, le génocide arménien, la révolution russe de 1917, la fin de l’empire ottoman et l’émergence de la puissance américaine : le monde de 1918 est profondément changé.
De l’enthousiasme collectif au moment de la mobilisation en aout 1914 à l’enfer des tranchées, la France a pris conscience d’elle-même, de sa fragilité et de ses failles, de ses forces et de sa grandeur.
Les cicatrices sont aussi nombreuses que les blessures profondes. En témoignent les mémoriaux et les monuments innombrables qui recouvrent notre pays, des villes du front dans les Ardennes, dans l’Aisne, en Lorraine ou dans la Marne, jusque dans les plus petits villages isolés du Sud, en Bretagne ou dans les Pyrénées. C’est la France entière qui paya le prix de son indépendance et de sa liberté. C’est cette France alors rassemblée dans le tumulte de l’adversité qui nous a offert en héritage notre indépendance et notre liberté.


Le portrait de cette France rassemblée, c’est celui de son peuple tout entier, débarrassé de l’obsession des origines. Ceux qui ont donné leur vie ne l’ont pas fait en vertu d’un intérêt particulier, d’une quelconque religion, de telle communauté, d’une reconnaissance ethnique, ni même d’une seule langue. La Nation, celle qui nous abrite, celle qui nous enseigne, celle qui nous protège, celle qui nous réunit, déborde ces appartenances.
Il convient à ce titre d’évoquer un homme dont le parcours éclaire très précisément ce qu’est l’identité de la France. Je veux parler de Lazare Ponticelli, notre compatriote kremlinois qui s’est éteint il y a maintenant un an et demi et qui était le der des ders, l’ultime témoin de Grande guerre. Italien de naissance, Lazare Ponticelli a choisi la France pour patrie. Qu’importent les motivations singulières qui animaient alors ce jeune garçon de 8 ans, lorsqu’il a décidé de quitter seul son Emilie-Romagne natale en 1905. Son engagement aux cotés de l’armée française dès juillet 1914 était une preuve d’amour à notre Nation qu’il considérait être son « paradis ».
Après avoir servi un an dans la Légion étrangère, Lazare Ponticelli est démobilisé lorsque l’Italie entre en guerre. Contre sa volonté, il est appelé sur le front tyrolien pour combattre pendant 3 ans un même ennemi. Déjà, la France est sa patrie mais revenu à Paris en 1921, elle ne le fera citoyen qu’en 1939.
De sa sépulture, Lazare Ponticelli nous murmure la force de cette réalité : être français est un acte de la volonté. Ou comme le disait Ernest Renan, « l’existence de la Nation est un plébiscite de tous les jours ».
Lorsque les débats font ressurgir la tentation de la dislocation, nous devons nous rappeler que c’est par l’unité que nous avons conquit dans la douleur, notre vérité commune. Les hommes de 14, ceux qui quittèrent au beau milieu de l’été, leurs champs, leurs usines et leurs familles ne partageaient pas un héritage ethnique ou des privilèges de naissance. Ces frères d’armes n’étaient pas des frères de sang. Ils étaient des citoyens, fils de la République, et même au-delà puisque 160.000 hommes d’Afrique occidentale, tirailleurs sénégalais, marocains, tunisiens ou algériens et 440.000 autres étrangers étaient venus défendre des frontières qui n’étaient pas les leurs. Est-il encore nécessaire de recommencer cet inventaire pour achever de nous en convaincre ?
Si l’identité de notre Nation s’est forgée par le libre consentement d’hommes et de femmes indifféremment de leurs origines, est-il seulement soutenable de la combiner aujourd’hui sournoisement à la question de l’immigration ? C’est un contresens fatal pour notre pacte républicain. Notre histoire, et plus encore les épisodes de souffrance collective de la Grande guerre, sanctionne ces errances inavouables du présent. A tous les disciples de la confusion, il convient de rappeler que l’identité nationale commence par le pari de la République.


Face aux incertitudes majeures que traverse notre monde, la nécessité de notre indépendance et de l’intégrité du territoire se trouvent parfois reléguées dans les consciences.
Pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, ces préoccupations paraissent désuètes et inactuelles. Pourtant, entre 1914 et 1918, 6.000 hommes sont tombés chaque jour pour défendre ces biens dont nous jouissons aujourd’hui encore. Peut-être en négligeons-nous la valeur, faute d’être menacés par leur perte. Mais un million et demi de nos ancêtres morts au champ d’honneur valent certainement de reconsidérer ces questions.
L’indépendance est la faculté de maîtriser notre destin et nous la devons principalement à la présence de nos armées et à la capacité militaire. L’absence de danger imminent ou évident éloigne parfois l’homme moderne de cette réalité intangible. De Bouvines à Valmy, et de Valmy à Verdun, et de Verdun à aujourd’hui, nos armées ont toujours été le serviteur loyal de la Nation. Par elles nous sommes écoutés, par elles nous sommes respectés, par elles nous sommes défendus. Si nous jugeons utile de produire des droits et des règles internationales, nous devons garder à l’esprit qu’ils sont autant de coquilles vides si nous négligeons la force pour les faire exécuter.
L’armée, lorsqu’elle reçoit les commandements justes et opérants, lorsqu’elle agit pour servir un objectif légitime, constitue d’abord une force d’insoumission. Les 729.000 corps réunis dans les cimetières et les ossuaires de la Grande guerre en attestent. « Salut, morts des forêts qui nous entourent ! Vous avez montré au monde qu'on n'assassine jamais assez pour tuer l'âme d'un peuple qui ne se soumet pas. » Entendons ces paroles d’André Malraux comme un puissant message d’espoir.


Il nous revient de continuer avec opiniâtreté cette volonté et ce combat. La France est une Nation ouverte, généreuse et exigeante où le progrès du droit est inhérent au sens du devoir.
A tous les Françaises et les Français, civiles et militaires, tombés lors de la première guerre mondiale pour que notre Nation demeure, nous nous inclinons.
Vive la paix
Vive la République
Vive la France

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